Nanping Gao & Hermino Cabeceiro

Rencontres vigneronnes
Nanping Gao & Hermino Cabeceiro
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RENCONTRES VIGNERONNES

Nanping Gao & Hermino Cabeceiro

Interview de Nanping Gao et Hermino Cabeceiro du Château La Bastide

Nanping Gao et Hermino Cabeceiro : ce duo de choc porte haut les couleurs du château La Bastide. Ces deux passionnés ont aussi un rêve commun : asseoir la réputation de qualité des vins du domaine, et les faire rayonner en France comme à l'étranger. Ils ont déjà le vent en poupe et voguent dans la bonne direction !

Depuis quand présidez-vous ensemble aux destinées du château La Bastide ?

Nanping Gao : Hermino est en quelque sorte la mémoire vivante de La Bastide ! Il est depuis bientôt 30 ans Régisseur Général. Pour ma part, je suis ici en tant que directrice depuis janvier 2015, date à laquelle le groupe chinois BHC International a racheté le domaine.

 

Quels sont les atouts du château La Bastide selon vous ?

Hermino Cabeceiro : Je me souviens avoir visité le domaine en 1989, avant même que l’ancien propriétaire, pour qui je travaillais déjà dans l’Hérault, signe l’acte d’achat. J’ai alors été frappé par 3 choses : la beauté du lieu, le potentiel du terroir, et le fait qu’il y avait tout à faire ! Mais cela m’a stimulé, car je n’aime pas la routine, et qu’à l’époque je l’appréciais encore moins.

 

Et vous Nanping, comment avez-vous rejoint l’univers du vin ?

Nanping Gao : J’ai eu plusieurs vies… J’ai une formation initiale en littérature française, qui m’a menée à exercer le métier de professeur de langue en Chine d’abord, puis à Montpellier pendant 30 ans. Parallèlement, j’ai tenu un restaurant chinois - une affaire familiale - pendant 15 ans à Montpellier. C’était moi la chef cuisinière, et c’est à cette occasion que j’ai rencontré des vignerons qui sont devenus des amis et m’ont aidé à établir une vraie carte des vins adaptée à la gastronomie chinoise. Ensuite mon mari et moi avons travaillé en tant que consultants auprès d’entreprises françaises en Chine, puis auprès de sociétés chinoises qui souhaitaient s’installer en France. Enfin en 2008, le boum du marché chinois pour les vins français nous a amenés à exporter des vins du Languedoc en Chine pour 6 domaines particuliers, en tant que prestataire de services. C’est ainsi par le biais du commerce que je me suis formée au vin. Aujourd’hui, j’ai mon diplôme WSET (Wine & Spirit Education Trust) de niveau 2, et continue de me perfectionner via diverses formations (digital, oenotourisme et dégustation, etc).

 

Comment le vignoble de La Bastide a-t-il évolué depuis 30 ans ?

Hermino Cabeceiro : Le vignoble a été refait à 99%. Nous n’avons conservé que 3 hectares de vieille syrah. Tout le reste a été renouvelé, ce qui m’a heureusement permis de choisir des clones et porte-greffes parfaitement adaptés au terroir et à chaque type de sols.

 

Quelle est la composition du vignoble aujourd’hui ?

Nanping Gao : Nous avons 60 hectares de vignes, dont 75% en AOP Corbières et le reste en IGP Aude Hauterive.

 

Le vignoble présente-t-il une particularité au niveau des cépages ?

Hermino Cabeceiro : En rouges AOC, nous avons de la syrah, du grenache, du mourvèdre… mais pas de carignan ! Et ce depuis 26 ans. C’est une décision qui fut prise à l’époque en raison de la nature du terroir, parfaitement adapté à la syrah, alors qu’ici le carignan ne s’exprime bien qu’en macération carbonique. Or, ce n’était pas notre envie ni notre mode de vinification favori.

 

Au château La Bastide, on continue à rechercher l'excellence. Nous sommes certes montés en gamme depuis 3 ans et demi, mais La Bastide avait cette philosophie bien avant : se hisser parmi les meilleurs !

Quelles ont été les changements impulsés par le rachat du domaine par le groupe BHC ?

Nanping Gao : Beaucoup d’investissements ont été réalisés. Nous fonctionnons de façon complètement autonome, avec renouvellement des machines plus performantes ! D’autre part, une attention particulière a été portée à la structuration du commerce pour renforcer nos positons à l’export partout dans le monde.

 

Quels sont les éléments qui demeurent ?

Nanping Gao : L’équipe ancienne est restée travailler au domaine dans sa quasi intégralité avec un recrutement en CDI en 2016. Hermino travaille étroitement avec son fils Tony, maitre de chai. En tout, nous sommes 7 permanents. C’est quasiment une histoire familiale ! D’autre part, le but est de bien asseoir la réputation de nos vins dans l’Aude et partout en France. D’ailleurs, nos vins sont déjà référencés dans plusieurs restaurants étoilés au Guide Michelin. Au château La Bastide, on continue à rechercher l’excellence. Nous sommes certes montés en gamme depuis 3 ans et demi, mais la Bastide avait cette philosophie bien avant : se hisser parmi les meilleurs !

 

Pouvez-vous nous parler un peu de votre équipe ?

Hermino Cabeceiro : Un domaine viticole, c’est une équipe. Ce qui fait la force d’une entreprise, c’est de s’entourer de gens très professionnels et consciencieux. Quand je parle de l’équipe de la Bastide, j’englobe même notre fournisseur de tracteurs, qui est le même depuis 18 ans, et tous nos autres partenaires : fournisseur de barriques, de bouchons, etc.

 

Avez-vous pénétré de nouveaux marchés depuis 2015 ?

Nanping Gao : Le château La Bastide exportait déjà un peu partout dans le monde au moment du rachat : Nouvelle Zélande, Australie, Israël, pays de l’Est. Nous avons renforcé nos relations commerciales avec la Chine, le Japon, le Vietnam, Singapour, l’Inde et l’Ile de Réunion.

 

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?

Hermino Cabeceiro : Je viens d’une famille d’agriculteurs d’origine portugaise, qui compte notamment de nombreux vignerons. Ce qui me plait le plus, à moi, c’est cette obligation de se remettre en question tous les matins, même si c’est stressant. On ne peut pas écrire sur un papier ce qu’on fera l’an prochain. De plus, un vigneron est maitre de tous ses choix, de la taille jusqu’à l’expédition de la bouteille.

 

Qu’est-ce qui vous manque le plus dans votre métier ?

Nanping Gao : Une forte envie de voir les Corbières mieux reconnues au niveau national et mondial. Car nos vins d’excellente qualité le méritent. Depuis plusieurs années, les vignerons de Corbières ont pris conscience que ce qui prime est la qualité du vin dans la bouteille.

Hermino Cabeceiro : J’ajouterais qu’il nous manque une maison des vins de Corbières, qui serait à la fois un lieu d’exposition et de vente. Pourquoi ne pas avoir notre propre maison, comme en Alsace ou d’autres grandes régions viticoles ?

 

 

Il est très important pour l’équipe de recevoir des compliments : notre équipe est très fière de nos vins !

 

Y a-t-il une cuvée du château La Bastide dont vous êtes particulièrement fiers ?

Nanping Gao : Chaque cuvée est comme un enfant du château La bastide, et nous les chérissons tous ! Mais il faut avouer que nous sommes particulièrement fiers de notre petit dernier, ISTORIA 1770, qui vient juste de sortir. Il s’agit du millésime 2015, année de l’acquisition du château par le groupe BHC. Nous étions portés par cet événement et avions une forte envie de marquer le coup. Aussi M. Yumin, le patron du groupe, nous a lancés un défi : serions-nous capables de sortir une cuvée meilleure que notre haut-de-gamme, Eidos rouge ?

 

Comment a été élaborée cette cuvée Istoria 1770 ?

Hermino Cabeceiro : En dépit de tout le stress qui allait peser sur l’équipe, j’ai tout de suite accepté de relever le défi technique d’une cuvée très haut de gamme. Je connaissais l’équipe, le terroir et notre capacité technique, donc je savais que c’était faisable ! Et le résultat est là : un nez puissant, un très bon équilibre, des tanins souples, une bonne longueur en bouche, beaucoup de finesse, de la complexité et des arômes qui se développent au fil des minutes… C’est un excellent vin de garde, et aussi une bouteille à savourer, à partager entre connaisseurs et amateurs.

 

Le millésime 2015 sera-t-il suivi par d’autres ?

Nanping Gao : Oui, il sera suivi, comme un enfant qui deviendra champion olympique ! Le millésime 2016 repose déjà en cuve et le 2017 en barriques.

 

Pourquoi l’avoir ainsi baptisé ?

Nanping Gao : L'équipe a souhaité un nom reflétant l’image du château la Bastide, donc forcément son histoire, « istoria » en occitan. Or, le château original en lui-même fut construit en 1770, puis détruit en 1933 pour des raisons fiscales. ISTORIA 1770 est aussi un hommage rendu à tous nos anciens.

 

Jusqu’à présent, quel accueil a été réservé à votre dernier né ?

Hermino Cabeceiro : Il a été présenté à la dégustation Parker et reçu 91+. Nous commençons tout juste sa commercialisation, mais c’est déjà une belle première récompense !

 

Comment voyez-vous l’avenir du château La Bastide ?

Nanping Gao : La Bastide était une inconnue en France du fait que les vins partaient dans le monde entier, un peu comme la Belle au bois dormant aux yeux de la population locale, et elle s’est réveillée depuis 3 ans… A l’avenir, je souhaite que les gens parlent positivement d’elle, et que sa réputation grandisse comme elle le mérite.