Robert Joyeux et Julien Maurs

Rencontres vigneronnes
Robert Joyeux et Julien Maurs
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RENCONTRES VIGNERONNES

Robert Joyeux et Julien Maurs

Interview de Robert Joyeux et Julien Maurs du domaine La Cendrillon

Robert Joyeux et son fils Hubert, accompagnés de leur directeur technique Julien Maurs, sont les trois membres du trio qui préside aux destinées d’une entreprise en plein essor : le Domaine de La Cendrillon. Le magnifique chai de dégustation situé à deux pas du village d’Ornaisons, ainsi que les vins de qualité que l’on y découvre, méritent le détour !

 

A quand remonte la naissance du Domaine de La Cendrillon ?

Robert Joyeux : La Cendrillon est le domaine de la famille Joyeux depuis 1830. Nous nous le transmettons de père en fils, mais ne pilotons pas seuls l’exploitation. Pour cela, nous nous sommes entourés de collaborateurs compétents. Mon fils et moi pouvons notamment compter sur Julien Maurs, ingénieur agronome et œnologue, qui nous a rejoints en 2014 en tant que directeur technique. De la vigne au vin et au verre, il est compétent sur tous les aspects, et nous travaillons en étroite harmonie en partageant la même ambition.

 

Lorsque votre tour et celui de votre fils sont venus, qu’avez-vous changé au domaine ?

Robert Joyeux : J’ai repris le domaine en 1993 avec l’idée de monter en puissance et qualité. Cela supposait certains moyens techniques dont nous avons pu nous doter pas à pas, ainsi que des compétences humaines qui étaient moins courantes qu’elles ne le sont aujourd’hui sur le marché. Il y a 30 ans, on trouvait rarement un ingénieur agronome à la tête d’un domaine des Corbières. Or, l’augmentation des compétences représente l’une des clefs du développement des Corbières.

 

Concrètement, de quels moyens vous êtes-vous dotés ?

Robert Joyeux : De manière générale, nous avons reconçu les lieux pour rationaliser le travail et rendre notre quotidien plus pratique. Nous avons creusé un chai de vieillissement, construit un bâtiment supplémentaire pour abriter notre matériel agricole, puis créé un nouveau chai de vinification en 2011, un espace de stockage et de conditionnement en 2015 et investi sur une chaîne de mise en bouteille l’an dernier.

Nous avons résolument décidé de produire des vins fins pour la grande gastronomie et nous nous battons tous les jours contre un préjugé tenace parmi le grand public selon lequel les Corbières ne peuvent pas être des vins de garde

Comment fonctionne votre trio ?

Robert Joyeux : Mon fils Hubert, en charge de la partie commerciale, et moi-même travaillons en confiance avec le directeur technique du domaine et tâchons d’écouter les désirs de nos clients. Au-delà de nos goûts personnels, nous discutons, partageons... Et bien qu’aujourd’hui, les vins de Julien soient d’une qualité n’ayant plus rien à voir avec celle des vins que le domaine a pu produire par le passé, nous sommes d’accord sur le fait que nous ne serons jamais complètement arrivés « au bout du chemin » et nous nous remettons régulièrement en question. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons requis les conseils de Claude Gros, œnologue reconnu internationalement qui nous accompagne maintenant depuis plusieurs années et nous a permis de beaucoup progresser par ses conseils techniques et sa vision globale.

 

Quelle est votre ambition commune en tant que vignerons des Corbières ?

Robert Joyeux : L’objectif du domaine est de ne produire que des vins de très haut niveau. Je me pose sans cesse la question suivante : pourquoi un excellent Corbières ne pourrait pas se comparer en prix, à qualité égale à un grand Bordeaux, un grand Bourgogne ou un grand Côtes-du-rhône…? Rappelons que dans le guide Parker, nos vins sont cotés entre 92 et 94. Pour le rayonnement des Corbières, il est essentiel de parvenir à résoudre la question.

 

Quelles sont les cuvées phares du domaine ?

Julien Maurs : Je dirais que L’Inédite et La N°1 sont nos plus grandes fiertés. Il s’agit de vins d’assemblage, l’assemblage étant ce qui fait la richesse des Corbières. L’élaboration de ces vins relèvent du « cousu main » : nous vendangeons à la main, opérons un premier tri avec les vendangeurs, une deuxième avec un outil adapté et un troisième à l’aide d’une table de tri. C’est ainsi, en tirant le meilleur parti du raisin et en se débarrassant de tous défauts éventuels, que l’on obtient des profils typiques de La Cendrillon : des vins nets, aromatiques, équilibrés et élégants.

 

Par quels autres procédés votre exigence de qualité se traduit-elle ?

Julien Maurs : Nous sommes également très pointilleux au sujet de la sélection parcellaire et des dates de récolte. Pour nous aider à décider du moment opportun, nous avons recours au à un outil nommé Dyostem, qui analyse les profils des grains de raisin. Alors que certains ont tendance à pousser la maturité des grains aux maximum, nous préférons le fruit frais. Par exemple, notre cuvée Classique, en AOC Corbières, possède un profil aromatique très frais. Nous connaissons très bien nos parcelles, et savons donc lesquelles peuvent aller jusqu’à une maturité importante, et lesquelles doivent être ramassées en fruit frais.

Robert Joyeux : Notre exigence se traduit aussi et en premier dans notre exploitation du vignoble. Notre conviction est que les grands vins sont issus d’un environnement préservé, c’est pour cela que nous cultivons nos vignes sans produit phytosanitaire et que nous utilisons le moins possible de sulfites. Nos vins sont d’ailleurs certifiés bio depuis 2013.

 

Comment sont réparties vos vignes d’un point de vue géographique ?

Julien Maurs : Nous exploitons 48 hectares. Ces dernières sont principalement situées autour de la cave de vinification, mais nous avons aussi 4 autres îlots sur des terroirs différents. Cette répartition est source de richesse aromatique. En effet, grâce à notre nouveau chai de vinification, nous vinifions à la parcelle, en petits volumes, pour plus de qualité.

 

Du point de vue organoleptique, comment les vins du domaine se distinguent-ils ?

Robert Joyeux : Nous cherchons à produire des Corbières qui soient élégants et contemporains. Aussi, quelle qu’en soit la couleur, c’est la fraîcheur et la structure de nos vins qui leur confèrent toute leur spécificité. Nous ne poussons pas les extractions, mais privilégions l’équilibre et une structure délicate.

 

Comment définiriez-vous le « style Cendrillon » en deux mots ?

Julien Maurs : Beaucoup de fraîcheur au nez, beaucoup de notes de fruit, beaucoup d’élégance.

 

Quelle est votre politique en matière d’élevage des vins ?

Julien Maurs : Notre cuvée Classique passe en cuve béton, tandis que l’Inédite et la N°1 passent en foudre ou barrique. Au cours de l’élevage, notre objectif demeure de préserver le fruit et la fraîcheur, sans apporter trop de boisé à nos vins.

 

Quelle est la part des exportations dans votre circuit de distribution ?

Robert Joyeux : Nos vins sont distribués dans 15 pays du monde dont le Japon, la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Chine et l’Europe. En France, plus de 35 agents commerciaux en font la promotion. A ce jour, l’export concerne 40% de notre production, et la France 60%. Idéalement, nous voudrions atteindre 50-50.

 

Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans votre métier ?

Robert Joyeux : Nous avons résolument décidé de produire des vins fins pour la grande gastronomie et nous nous battons tous les jours contre un préjugé tenace parmi le grand public selon lequel les Corbières ne peuvent pas être des vins de garde ou qu’un Corbières au-dessus de 20€ est trop cher. Notre appellation est très riche en nombre de producteurs, en vins de qualité et en variété de terroirs. Nous n’avons pas à rougir de nos vins qui collectionnent les médailles. Notre Inédite 2014 a notamment obtenu la note de 94 au Parker aux côtés d’autres Corbières. Nous avons un gros défi à relever pour faire reconnaitre la qualité de nos terroirs et de nos vins, au grand public comme aux critiques et aux grands professionnels.